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Virginia Woolf – Mourir afin d’éviter la folie

 La folie ou la mort ?

Cet article est paru dans l'Astro Gazette de la FDAF - Juillet 2024, N° 237.

TN Virginia Woolf
TN Virginia Woolf

« J’ai la certitude que je vais devenir folle à nouveau : je sens que nous ne pourrons pas supporter une nouvelle fois l’une de ces horribles périodes. Et je sens que je ne m’en remettrai pas cette fois-ci. Je commence à entendre des voix et je ne peux pas me concentrer… » (Extrait de la lettre d’adieu de Virginia à son époux). 

Virginia Woolf est née le 25 janvier 1882 à 12h15 à Londres (Royaume-Uni), selon des sources non officielles. (Frances McEvoy, de mémoire, par une de ses amies, précise le site Astrothème). 

Il n’est pas dans mon propos d’analyser ici la grande écrivaine que fut Virginia, mais son désespoir existentiel qui l’incita sans doute à rompre avec la tranquille écriture victorienne de ses prédécesseurs (Bennet, Galsworthy, James, Thackeray, Wells) en s’attachant à une littérature du « flux de conscience », fondée sur les émotions et les sensations, le monologue intérieur, l’inconscient libéré, l’absence de chronologie, les ruptures temporelles, la bascule entre les personnages et les points de vue, la modification soudaine des états de conscience, un désordre apparent et compact qui pouvait décourager ses premiers lecteurs. Une écriture qui reflète sa propre vie et qui l’amena fatalement après de nombreuses crises nerveuses comme l’on disait en ce temps, et quelques courts internements, à son suicide.

Le Bélier inaugure la Maison XII avec la Lune, Maître de II Cancer, qui représente notamment nos biens propres – et donc notre existence – et de III – l’écriture –, se poursuit en Taureau intercepté – toujours la II dans le Zodiaque archétypal –, occupé par le stellium Saturne, Neptune, Jupiter et Pluton qui ne se laissent pas ignorer. 

La Lune est sextile à son Maître, Mars, mais va au carré de Vénus, Maître du Taureau. Saturne, Maître de VIII – mort symbolique ou réelle – est carré au Soleil conjoint au MC : la souffrance et le désespoir dus au décès de sa mère puis de son père la conduisent à un état dépressif aigu . Neptune, Maître de XI – les espoirs, les projets, l’avenir – est carré Mercure, Maître de l’Ascendant. Certes, il est trigone à Uranus, Maître de X, mais ce dernier est également carré à l’Ascendant. Seul Pluton, Maître de VI – la vie quotidienne entre autres – est bien aspecté à Vénus mais exilé en Taureau. 

S’ajoute, toujours en XII – Gémeaux cette fois –, le NS, qui représente l’inné, une certaine forme d’hérédité, peut-être (je dis bien peut-être) une existence antérieure, difficile à quitter avec Mercure trigone en Verseau. On peut y voir l’écriture mais également une vie mentale et intellectuelle très intense, peut-être trop. Le NN en VI Sagittaire renvoie à ce Jupiter en XII carré au Maître du NS. Une évolution difficile, sans doute impossible.

Notons toutefois la conjonction Jupiter / Neptune trigone Uranus qui suscita sans nul doute l’inspiration et la modernité de son écriture.  

Mais n’oublions pas la Lune Noire en III Lion carré Saturne qui ouvre une béance obscure dans un Signe de lumière. 

LE SUICIDE   

Elle se suicida le 28 mars 1941 en se noyant dans une rivière près de son domicile campagnard, ayant pris soin de remplir ses poches de lourdes pierres, unissant ainsi Neptune et Saturne.  

Neptune

Virginia aimait l’eau depuis son enfance – elle passait ses vacances en Cornouailles, au bord de la mer –.  En témoignent nombre d’indices : le titre de ses ouvrages comme La Promenade au phare et Les Vagues, et maints passages de ses romans. Elle y évoque « les longues étendues plates glissant vers la mer » et l’un des voyageurs de La Traversée des Apparences s’exclame : « Je donnerais n’importe quoi pour une brume de mer. » Impossible de multiplier ici les citations où l’eau est omniprésente, non pas en tant que simple décor mais comme symbole, voire une métaphore d’une existence agitée mais libre. Les vagues se succèdent et meurent comme nos existences. 

   Virginia chérit les eaux violentes, leur déferlement, leur flux et reflux, semblable aux mouvements de l’âme, entre peine et joie, action et immobilité, vie et mort. L’élément liquide est la substance de ses romans, de son langage et comme le germe de son destin. Du reste, après sa résidence de Bloomsbury, un quartier londonien, elle loua un cottage dans le Sussex, près de la rivière Ouse au long de laquelle elle se promenait volontiers. Une eau aimée et familière où elle disparut un 28 mars, comme une manière, en se perdant, de se retrouver, mettant en pratique cette phrase qu’elle écrivit un jour : « Faut-il que le doigt de la mort de temps à autre se pose sur le tumulte de la vie pour l’empêcher de nous foudroyer ? ».  

Saturne 

Les pierres dans les poches de son manteau, bien sûr, pour être sûre de sombrer. Saturne, Maître de VIII, en conjonction assez large à Neptune en XII Taureau, est carré partil à la conjonction Soleil / MC Verseau. Si, tout au long de son existence, elle en subit la pesanteur tout en la combattant, elle s’avoue désormais vaincue, préférant la mort à la folie. D’autant que Saturne est le second Maître du Verseau d’une part et qu’il est en trigonocratie d’autre part, dans son élément Terre, celle du Taureau, signe fixe, lourd, tenace. S’y ajoute le carré (orbe de 6° environ) à son propre Maître, Vénus, qui régente le signe intercepté mais aussi la Maison VI en Balance, la vie quotidienne, devenue invivable au fil des années en dépit des efforts de Virginia pour s’échapper dans l’écriture et l’amour pour son époux. Saturne « en joie » – si l’on peut dire – ne renoncera pas à sa proie.

   Il est bien difficile de conclure cette sombre et trop brève analyse. Mais j’aimerais formuler une hypothèse positive fondée sur le trigone Lune Noire / Nœud Nord, deux points sans existence physique : Virginia n’aurait-elle pas découvert dans l’abîme de son être en souffrance une certaine forme de transcendance et l’Absolu de sa quête existentielle, accomplissant ainsi son thème natal ? Peut-être…   

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