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Cours d'ouverture - En Grèce et à Rome

  Des présages de Babylone à l’harmonie des sphères grecques

Le système géocentrique de Claude Ptolémée : la Terre immobile occupe le centre du cosmos, entourée des sphères planétaires et du zodiaque. Gravure d’Andreas Cellarius, Harmonia Macrocosmica, 1660.


À partir de l’époque hellénistique, les Grecs recueillirent une partie des connaissances astronomiques et astrologiques venues de Babylonie. Cette transmission ne se fit pas en une seule fois, mais résulta d’échanges progressifs entre les traditions mésopotamienne, grecque et égyptienne. Les Grecs associèrent les planètes aux divinités de leur propre panthéon et intégrèrent l’astrologie à leur conception philosophique et mathématique de l’univers. Certaines techniques de l’astrologie gréco-romaine sont d’ailleurs attestées sur des tablettes babyloniennes.

Pythagore et ses disciples établirent une relation entre les nombres, la longueur des cordes et les intervalles musicaux. Si les sons harmonieux obéissaient à des proportions mathématiques, les astres ne pouvaient-ils pas, eux aussi, se mouvoir selon une harmonie parfaite ? Les pythagoriciens imaginèrent alors le ciel comme un immense instrument : chaque astre, par sa course, participerait à un accord parfait que nos oreilles seraient incapables d’entendre. Cette vision fut transmise sous le nom de Pythagore, mais elle semble avoir mûri peu à peu parmi ses disciples et ses héritiers. 

Au IIe siècle de notre ère, Claude Ptolémée, savant grec vivant à Alexandrie sous l’Empire romain, exposa les principes de l’astrologie dans le Tétrabiblos. Claude Ptolémée ne prétendait pas révéler un art nouveau. Il rassembla des connaissances plus anciennes et chercha à leur donner une cohérence fondée sur l’observation et le raisonnement. L’ouvrage conduit progressivement le lecteur des principes généraux de l’astrologie aux destinées des peuples, puis à celles des individus.  

Pour Claude Ptolémée, notre planète reposait immobile au cœur du cosmos. La Lune, le Soleil et les cinq planètes alors connues accomplissaient autour d’elle leurs parcours complexes, sous la voûte lointaine des étoiles. Cette conception géocentrique doit beaucoup à la philosophie d’Aristote, mais Ptolémée lui donna une forme astronomique et mathématique beaucoup plus élaborée.

Les siècles suivants placèrent les deux grands ouvrages de Claude Ptolémée au centre du savoir céleste : l’Almageste guidait l’étude des mouvements astronomiques, tandis que le Tétrabiblos nourrissait la pensée astrologique. Traduit, commenté et transmis, ce dernier traversa le monde arabe avant de gagner l’Occident latin. 

Pour autant, l’astrologie ne faisait pas l’unanimité. Les philosophes débattaient de la possibilité de prévoir l’avenir, de l’influence exercée par les astres et de la place laissée à la liberté humaine. Les stoïciens défendaient l’idée d’un univers ordonné par le destin, tandis que les sceptiques contestaient la valeur de l’astrologie et des autres pratiques divinatoires.

À ROME

Chez les Romains, la divination occupait une place officielle dans la vie religieuse et politique. Les augures interprétaient les signes envoyés par les dieux, mais les conceptions du destin variaient selon les écoles philosophiques. Certains pensaient que les présages constituaient des avertissements et que des rites appropriés pouvaient détourner les malheurs annoncés.

Dans De divinatione, composé en 44 avant notre ère, Cicéron organise un débat entre deux voix. Son frère Cicéron rassemble les arguments favorables aux présages ; Cicéron, de son côté, les soumet un à un au doute et à la raison.  

Cicéron attaque l’astrologie par deux questions redoutables. Si le ciel de naissance commande toute une vie, pourquoi des jumeaux connaissent-ils des existences différentes ? Et pourquoi des milliers d’hommes, venus au monde sous des ciels dissemblables, peuvent-ils mourir ensemble sur un même champ de bataille ? 

Le problème demeure actuel. L’astrologie contemporaine peut lui apporter une autre réponse : lors d’une catastrophe, le destin individuel rencontrerait un destin collectif. Certains astrologues parlent alors de « karma collectif », réunissant dans une même épreuve des êtres dont les thèmes de naissance restent pourtant différents.

Dans cette perspective spirituelle, le Scorpion, signe de mort, de transformation et de renaissance, peut symboliser le passage d’un cycle à un autre. Les êtres comme les civilisations traverseraient ainsi des expériences collectives de disparition et de renouvellement. Cette interprétation n’appartient cependant pas à la pensée de Cicéron ni à l’astrologie gréco-romaine classique. Elle relève d’une lecture astrologique et spirituelle plus récente.

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