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Cours d'ouverture - En Mésopotamie

 Quand Babylone avait la tête dans les étoiles

Comment des prêtres scrutant la Lune inventèrent le calendrier, le zodiaque et quelques inquiétudes célestes.

Le Metropolitan Museum of Art conserve une tablette séleucide consacrée aux calculs relatifs à la Lune, provenant probablement de Babylone.


L’astrologie occidentale plonge ses racines dans la Mésopotamie antique, entre le Tigre et l’Euphrate, principalement sur le territoire de l’Irak actuel. Si quelques présages célestes sont attestés dès le IIIe millénaire avant notre ère, l’astrologie mésopotamienne constituée se développe surtout à partir du IIe millénaire avant notre ère. Les premiers textes proprement astrologiques datent de la période paléo-babylonienne. 

Le Croissant fertile vit naître plusieurs civilisations, parmi lesquelles les civilisations sumérienne, assyrienne et babylonienne. Elles développèrent des techniques d’irrigation ainsi que des connaissances mathématiques et astronomiques très avancées.

Certains savants babyloniens, observateurs du ciel, étaient à la fois astronomes, astrologues, scribes et prêtres. Ils exerçaient leur savoir auprès des sanctuaires et des souverains, auxquels ils transmettaient leurs observations. En revanche, rien ne permet d’affirmer avec certitude que les observations astronomiques étaient systématiquement réalisées du haut des ziggourats.

Cette observation du cosmos permettait aux autorités d’élaborer un calendrier d’ordre pratique. Il servait à rythmer les travaux des champs, les cérémonies religieuses et les principales échéances de la vie du royaume.  

C’est dans le ciel que l’on découvre les rythmes liés à la succession des saisons. Les Babyloniens observèrent avec attention les phases de la Lune. L’apparition d’un mince croissant dans le ciel du soir annonçait le début d’un nouveau mois, dont la durée oscillait entre vingt-neuf et trente jours. Comme douze lunaisons ne suffisaient pas à couvrir toute l’année solaire, il fallait, de temps à autre, glisser un mois supplémentaire dans le calendrier.  

Les anciens connaissaient par ailleurs sept astres mobiles visibles à l’œil nu : le Soleil, la Lune, Mercure, Vénus, Mars, Jupiter et Saturne. Cependant, la semaine continue de sept jours ne peut pas être présentée comme une simple division babylonienne du mois lunaire en quatre périodes de sept jours. Son origine et sa diffusion sont plus complexes. Il n’existe d’ailleurs aucune preuve certaine que les Babyloniens aient employé le cycle hebdomadaire continu tel que nous le connaissons. 

On retrouve toutefois l’association des jours et des sept astres dans la semaine planétaire adoptée par le monde gréco-romain. En français, lundi renvoie à la Lune, mardi à Mars, mercredi à Mercure, jeudi à Jupiter et vendredi à Vénus. Samedi vient du latin sambati dies, le jour du sabbat, tandis que dimanche dérive de dies dominica, le jour du Seigneur. Les noms français de ces deux jours ne renvoient donc pas directement à Saturne et au Soleil.

Le calendrier hébraïque a subi l’influence du calendrier babylonien, notamment après l’exil à Babylone. Il serait toutefois excessif d’affirmer que les Hébreux ont introduit un calendrier astrologique babylonien dans le récit de la Genèse.

À partir du IIe millénaire avant notre ère, les spécialistes mésopotamiens établirent des relations entre les phénomènes célestes et les affaires du royaume. Ces observations et ces présages furent notamment rassemblés dans une vaste série de tablettes intitulée Enūma Anu Enlil. Cette œuvre ne doit pas être confondue avec le Livre d’Hénoch, texte juif beaucoup plus tardif. La seconde moitié du IIe millénaire vit la constitution du traité Enūma Anu Enlil, qui devint l’un des fondements de l’astrologie mésopotamienne. 

Rien de ce qui survenait dans le ciel ne paraissait indifférent : une éclipse, une pluie inhabituelle ou le déplacement d’une planète pouvait annoncer au souverain une récolte généreuse, une maladie ou un conflit. Les dieux, pensait-on, parlaient alors du sort du pays et de son souverain. Ils ne se penchaient pas encore sur la destinée particulière de chaque nouveau-né. Jusqu’à la période achéménide, l’astrologie mésopotamienne demeure essentiellement officielle, religieuse et politique. 

Une étape essentielle dans la genèse de l’astrologie fut l’élaboration progressive du zodiaque. Les Mésopotamiens peuplèrent le ciel de divinités, de héros et d’animaux mythologiques associés à des constellations, c’est-à-dire à des groupements apparents d’étoiles. Plusieurs de ces figures célestes furent ensuite reprises et transformées par les Grecs.

À mesure que la Terre accomplit sa révolution autour du Soleil, le Soleil semble, vu depuis notre planète, se déplacer devant différentes constellations au cours de l’année. Ainsi, sous nos latitudes, nous pouvons admirer la constellation d’Orion en hiver et celle du Cygne en été.

La Terre et les autres planètes décrivent autour du Soleil des orbites situées approximativement dans un même plan. Depuis la Terre, le Soleil, la Lune et les cinq planètes visibles à l’œil nu semblent donc se déplacer dans une zone relativement étroite du ciel, située autour d’une ligne fictive : l’écliptique.

Avant de partager le zodiaque en douze secteurs, les savants mésopotamiens suivaient la Lune à travers un chemin céleste jalonné de dix-sept ou dix-huit figures étoilées. Peu à peu, cette longue procession d’étoiles céda la place à une organisation plus régulière : douze portions égales du ciel, comptant chacune trente degrés. Cette division régulière rendait plus précise la notation de la position des astres. 

Ces douze signes correspondent, avec certaines différences de représentation, au Bélier, au Taureau, aux Gémeaux, au Cancer, au Lion, à l’Épi, ancêtre de la Vierge actuelle, à la Balance, au Scorpion, au Sagittaire, au Poisson-Chèvre, ancêtre du Capricorne, au Verseau et aux Poissons.

La Balance fut longtemps associée aux pinces du Scorpion avant de devenir une figure zodiacale autonome. Quant au Verseau, aujourd’hui classé parmi les signes d’Air dans l’astrologie occidentale, son image babylonienne était liée à une divinité versant les eaux. Cette symbolique évoquait les pluies, les courants et la fertilité, mais il convient d’éviter de la réduire au seul climat du mois de février.

Ainsi fut créée une véritable horloge cosmique, liée aux saisons, aux cycles du ciel et aux phénomènes naturels. Les savants mésopotamiens apprirent également à prévoir certains phénomènes astronomiques, notamment les éclipses lunaires. L’accumulation des observations leur permit finalement de transformer les habitudes du ciel en nombres et d’anticiper certains rendez-vous des astres. 

Un pas décisif allait être franchi. Puisque les phénomènes célestes étaient considérés comme des signes envoyés par les dieux, ne pouvaient-ils pas également éclairer le destin d’un individu ?

Vers la fin du Ve siècle avant notre ère, le ciel cesse peu à peu de parler uniquement au roi : les premières cartes de naissance connues commencent à s’intéresser au destin d’un individu. Ils mentionnent généralement la date de naissance, la position des planètes et quelques indications relatives au destin du nouveau-né. Cette astrologie individuelle restait cependant beaucoup moins développée que l’astrologie politique et royale des siècles précédents. 

La chute de l’Empire néo-babylonien, conquis par les Perses en 539 avant notre ère, ne fit pas disparaître cette tradition déjà solidement établie. Bien au contraire. Après la disparition de l’indépendance babylonienne, ce savoir poursuivit son voyage. Il rencontra d’autres traditions, notamment dans le monde grec et en Égypte, où il fut repris et transformé. De ces rencontres naquit, quelques siècles plus tard, l’astrologie hellénistique, ancêtre direct de l’astrologie occidentale.

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