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Cours d'ouverture - Moyen Âge et Renaissance : L’âge d'or de l'astrologie

 Quand le ciel soignait les corps et éclairait les destinées

Homme zodiacal di XVe siècle


La disparition de l’Empire romain d’Occident n’entraîna pas celle de l’astrologie. Une partie de l’héritage antique survécut en Europe chrétienne, tandis que de nombreux écrits grecs furent traduits, commentés et enrichis par les savants du monde arabo-musulman. À partir du XIIe siècle, ces connaissances retrouvèrent le chemin de l’Occident, notamment par l’Espagne.

Peu à peu, l’astrologie pénétra dans les universités européennes. Elle voyageait alors en compagnie de l’astronomie, des mathématiques, de la philosophie et de la médecine. À la fin du Moyen Âge, un médecin cultivé devait donc savoir observer le ciel aussi bien qu’examiner son malade. Au début du XVIe siècle, les manuels d’astrologie médicale étaient utilisés aussi bien par des médecins formés à l’université que par des chirurgiens et des praticiens moins savants. 

Le corps humain apparaissait comme un univers en miniature. Le Bélier gouvernait la tête, le Taureau le cou, les Gémeaux les bras, et ainsi de suite jusqu’aux Poissons, associés aux pieds. Les planètes, elles aussi, correspondaient à certains organes, à certaines humeurs et à différents troubles. L’être humain, petit monde ou microcosme, était ainsi censé reproduire l’organisation du macrocosme.

Avant une saignée, une intervention ou l’administration d’un remède, le médecin pouvait examiner la position de la Lune. Il évitait notamment d’intervenir lorsque celle-ci traversait le signe correspondant à la partie malade. Cette alliance du diagnostic médical et de la lecture du ciel, souvent appelée iatromathématique, occupait une place reconnue dans la formation des praticiens à la fin du Moyen Âge. 

Lorsque la syphilis se répandit brutalement en Europe à la fin du XVe siècle, certains cherchèrent dans le ciel l’origine de ce mal nouveau. La conjonction de Saturne et de Jupiter survenue en 1484 fut alors désignée comme une cause possible de la maladie. Une gravure d’Albrecht Dürer, publiée en 1496, témoigne de cette interprétation astrologique. Cependant, la première grande épidémie européenne documentée n’apparut qu’en 1494-1495, à Naples. La configuration de 1484 fut donc invoquée après coup pour donner un sens céleste à la maladie. 

Les rapports entre l’Église et l’astrologie furent plus complexes qu’une opposition absolue. L’Église refusait surtout l’idée que les astres puissent gouverner entièrement la volonté humaine. Si chaque décision était déjà inscrite dans le ciel, que deviendraient la liberté de l’homme, sa responsabilité morale et la puissance de Dieu ?

En revanche, on pouvait admettre que les astres agissent sur les saisons, les marées, les corps et les tempéraments, sans leur accorder un pouvoir souverain sur l’âme. Les astrologues défendirent donc un art des tendances plutôt qu’une doctrine de la fatalité. De cette prudence est né l’adage :« Les astres inclinent, mais ne déterminent pas. »

Cette idée demeure essentielle dans l’astrologie contemporaine. Nous parlons de prévisions plutôt que de prédictions, d’occasions à reconnaître plutôt que d’un destin immuable. Le ciel proposerait un climat, mais il n’imposerait pas à chacun la manière de le traverser.

Aux XVIe et XVIIe siècles, les frontières entre l’astronomie, l’astrologie, la médecine et les mathématiques restaient encore poreuses. Un même savant pouvait calculer le mouvement d’une planète, dresser un horoscope et réfléchir à l’influence des configurations célestes sur les corps ou les États.

Nicolas Copernic ne fut pourtant pas l’élève de Tycho Brahe, contrairement à ce que l’on affirme parfois. Né en 1473, il mourut en 1543, trois ans avant la naissance de l’astronome danois. Tycho Brahe élabora plus tard un troisième modèle du monde, différent de ceux de Ptolémée et de Nicolas Copernic. 

Tycho Brahe s’intéressa dès sa jeunesse aux prévisions astrologiques. Avec le temps, il accorda cependant davantage d’importance à l’observation précise du ciel. Il ne renonça pas nécessairement à toute croyance astrologique, mais chercha à écarter les erreurs, les superstitions et les affirmations impossibles à vérifier. Il reconnaissait lui-même que l’astrologie ne pouvait atteindre l’exactitude mathématique de l’astronomie. 

Johannes Kepler, qui exploita les observations de Tycho Brahe, pratiquait également l’astrologie. Il dressait des thèmes de naissance et transmit même son propre horoscope à l’astronome David Fabricius. Il refusait toutefois une astrologie réduite à des recettes et cherchait à comprendre quelles relations naturelles pouvaient réellement unir les mouvements célestes et le monde terrestre. 

Tous les humanistes ne partageaient pas cette confiance dans les astres. François Rabelais, Érasme et Thomas More se moquèrent des astrologues qui annonçaient l’avenir avec une assurance excessive. Derrière leurs critiques se trouvait une même inquiétude : préserver la liberté de l’être humain contre ceux qui prétendaient enfermer toute une existence dans un horoscope.

À partir du XVIIe siècle, l’astronomie et l’astrologie commencèrent à emprunter des chemins différents. Les observations devinrent plus précises, les méthodes mathématiques gagnèrent en importance et les exigences de preuve se transformèrent. Cette séparation ne se produisit pourtant pas en un jour. Pendant longtemps encore, l’astronome et l’astrologue purent habiter le même savant. L’évolution de Tycho Brahe montre d’ailleurs que la prudence affichée publiquement à l’égard de l’astrologie a parfois précédé l’abandon véritable des croyances astrologiques.

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