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Cours d'ouverture - Romantisme et crises : Le retour de l'astrologie

 Quand le progrès scientifique réveilla le désir d’invisible

Victor Hugo à Jersey  vers 1852-1855 au temps des tables tournantes 


Au XIXe siècle, les découvertes astronomiques semblaient confirmer la puissance de la raison. En étudiant les irrégularités de l’orbite d’Uranus, le mathématicien français Urbain Le Verrier parvint à déterminer l’emplacement probable d’une planète encore inconnue. D’après ses calculs, l’astronome Johann Gottfried Galle dirigea sa lunette vers une région précise du ciel et y observa Neptune le 23 septembre 1846. La planète avait ainsi été trouvée par le calcul avant d’être reconnue par l’observation. 

Pourtant, les progrès de la science ne firent pas disparaître le goût du mystère. Le monde industriel transformait profondément les villes, le travail et les manières de vivre. Face à une société de plus en plus mécanisée, certains éprouvèrent le besoin de retrouver une dimension spirituelle et de chercher, au-delà du monde visible, des réponses aux questions de la mort et du destin.

Le magnétisme et le spiritisme passionnèrent alors une partie de la société. Dans les salons, les participants se réunissaient autour des fameuses tables tournantes en espérant entrer en relation avec les défunts. Exilé à Jersey, Victor Hugo prit part à de nombreuses séances entre 1853 et 1855. Les comptes rendus de ces expériences furent publiés bien plus tard dans le Livre des Tables. 

L’astrologie profita elle aussi de cet attrait renouvelé pour l’invisible. Elle continua de toucher un vaste public grâce aux almanachs, petits ouvrages populaires dans lesquels se côtoyaient calendriers, phénomènes célestes, conseils pratiques, prévisions météorologiques et pronostics astrologiques.

En Angleterre, le Vox Stellarum, connu également sous le nom d’Old Moore’s Almanack, figurait parmi les publications astrologiques les plus anciennes et les plus durables. Lancé au début du XVIIIe siècle, il traversa les générations en adaptant son contenu aux attentes de ses lecteurs. 

Au XXe siècle, l’astrologie entra dans une nouvelle ère. Elle ne resta plus confinée aux almanachs et aux ouvrages spécialisés : elle gagna les pages des journaux et s’adressa désormais à un public beaucoup plus large.

En août 1930, le Sunday Express demanda à l’astrologue britannique Richard Harold Naylor d’étudier le ciel de naissance de la princesse Margaret. L’article rencontra un tel succès que le journal lui confia une chronique régulière, bientôt imitée par d’autres titres de la presse britannique.

Quelques années plus tard, Richard Harold Naylor répartit ses prévisions entre les douze signes solaires. Cette formule présentait un avantage considérable : le lecteur n’avait plus besoin de connaître son heure de naissance ni de faire calculer l’ensemble de son thème. Il lui suffisait de chercher son signe pour découvrir les tendances annoncées.

Cette simplification favorisa une diffusion sans précédent de l’astrologie. Présente dans les journaux, les magazines, puis à la radio, à la télévision et sur Internet, elle se diversifia et devint un véritable phénomène de société.

L’astrologie savante et l’horoscope populaire ne doivent pourtant pas être confondus. La première repose sur l’étude d’un thème complet, établi à partir de la date, de l’heure et du lieu de naissance. Le second réduit nécessairement son interprétation au seul signe solaire afin de s’adresser à des millions de lecteurs.

La longue tradition de la lecture du ciel n’a donc pas disparu avec les progrès de l’astronomie. Elle a changé de langage, de supports et de public. À chaque époque, elle s’est transformée pour accompagner les espoirs, les inquiétudes et les interrogations des êtres humains.

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