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Karma, réincarnation and Co

Hypothèses - Qu'en penser ?  


Karma : citations

   Une citation n’est certes pas une preuve mais ces extraits montrent que, depuis toujours, l’être humain ne peut se résoudre au néant et espère se survivre... Illusion, espoir mal placé, erreur ? Ou bien intuition, pressentiment, instinct ? Qui le sait ?   

1/ Philosophes de l’Antiquité

   - « Les Égyptiens furent les premiers à dire que l’âme de l‘homme est immortelle. Sans cesse, d’un vivant qui meurt, elle passe à une autre qui naît ; quand elle a parcouru tout le monde terrestres, aquatique et aérien, elle revient alors s’introduire dans un corps humain. Ce voyage circulaire dure trois mille ans. » (Hérodote, Histoires, II, 123). Hérodote est un historien et géographe grec, né sans doute avant la seconde guerre médique (-480 –79).   

   - « Je suis persuadé que nous pouvons véritablement renaître et que les êtres vivants sont issus des morts. » (Platon, Phédon). Il s’agit d’un dialogue de Platon (né en 428 / 427 av. J.-C.) qui raconte la mort de Socrate – dont il fut l’élève - et ses dernières paroles. Le dialogue a dû être composé vers -399 environ.

   - « Les gloutons et les ivrognes renaîtront, peut-être sous la forme d’ânes, les hommes violents et injustes sous elle de loups et de faucons, et ceux qui suivent aveuglément les conventions sociales, sous la forme d’abeilles et de fourmis. » (Platon, Phèdre). Cette remarque fait allusion à la métempsychose, étant bien entendu que pour les Occidentaux, l’homme né humain le reste.       

   - « Lorsque le temps a enfin achevé d’effacer toutes les souillures de ces âmes et qu’elles ont recouvré la pureté de leur céleste origine et la simplicité de leur essence, un dieu, au bout de mille ans, les conduit sur les bords du fleuve Léthé, afin de les rappeler à la vie et de les unir, suivant leurs désirs, à de nouveau corps. » (Virgile, Énéide). Virgile est un poète latin né vers le 15 octobre 70 av. J.-C. 

   - « C’est une croyance universellement admise que l’âme commet des fautes, qu’elle les expie, qu’elle subit des punitions dans les enfers et qu’elle passe dans de nouveau corps. » (Plotin, Ennéades, I, 1, 12). Plotin, (205 - 270 apr. J.-C.), philosophe gréco-romain de l'Antiquité tardive, est le représentant principal du courant philosophique appelé « néoplatonisme » : à travers lui, la pensée grecque classique affronte désormais les mouvements gnostiques plus ou moins proches du christianisme et du manichéisme. On le voit bien ici avec l’allusion aux fautes, aux punitions et à l’enfer.

2/ En Inde

   Comme je l’ai dit plus haut, les hindous et les bouddhistes croient à la métempsychose, et non à la réincarnation : on peut revenir sous forme d’animal, voire de plante...

   « À la façon d’un homme qui a rejeté des vêtements usagés et en prend d’autres, neufs, l’âme incarnée, rejetant son corps usé, voyage dans d’autres qui sont neufs. » (Bhagavad-Gîta, II, 22).

   « Je vis avec l’espérance que je pourrai étreindre fraternellement l’humanité entière, sinon au cours de cette vie, du moins dans une autre. » (Gandhi).

3/ Ailleurs

   « Chez eux, prévaut la tradition de Pythagore d’après laquelle les âmes des hommes sont immortelles et après un nombre indéterminé d’années recommencent à vivre en pénétrant dans un autre corps. » (Diodore de Sicile à propos de la tradition celtique et des druides).     

« Quand j’étais pierre, je suis mort et je suis devenue plante. Quand j’étais plante, je suis mort et je suis parvenu au rang d’animal. Quand j’étais animal, je suis mort et j’ai atteint l’état d’homme. Pourquoi aurai-je peur ? Quand ai-je perdu quelque chose en mourant ? » (Jalàl al Dîn Rûmi, poète afghan, 1212-1273)

   « Tout comme nous vivons des milliers de rêves en notre vie présente, de même celle-ci n’en est qu’une parmi des milliers. » (Tolstoï).

4/ Dans le christianisme

    Le concept de réincarnation ne lui est pas étranger mais il a été éradiqué au premier concile de Nicée en 325.    

   « Car tous les prophètes et la loi ont prophétisé jusqu’à Jean [le Baptiste] : et si vous voulez le comprendre, c’est lui qui est l’Elie qui devait revenir. Que celui qui a des oreilles pour entendre entende.» (Matthieu XI, 13-15).

   « Si un homme ne naît de nouveau, il ne peut voir le royaume de Dieu. » (Jean III, 3). On peut voir ici une simple allusion à l’initiation qui, comme dans les Mystères de l’Antiquité (les Mystères d’Éleusis par exemple), implique la mort et la renaissance. 

Karma et Samsâra : définitions

   Les meilleures définitions que j’ai pu trouver sont les suivantes :

1/ Karma ou karman

   « Terme sanscrit (racine K.R. : faire) exprimant l’enchaînement des causes et des effets, qui garantit l’ordre de l’univers. Une signification éthique s’ajoute au sens cosmique : les actes humains sont liés inéluctablement à leurs conséquences et celles-ci entraînent de situations dont les auteurs de ces actes ont tété responsables, dans cette vie ou des vies antérieures [...] Tout ce qui arrive est à concevoir comme une juste rétribution. Tout se tient dans une durée qui dépasse et englobe le temps d’une existence individuelle. Les hommes, sont héritiers de leurs actes, dit le Bouddha. Ce qu’on a l’intention de faire et ce qu’on projette et ce dont on se préoccupe, c’est sur cela que la conscience prend appui pour s’établir. De là surgit cette masse entière de douleur. Le Karma dépend en définitive de la conscience. Visions grandiose qui associe la liberté humaine à l’ordre de l’univers et relie dans un ensemble coordonné le physique et le moral Il n’y a de détermination cosmique que pour la conscience ignorante. »   

Sources : Dictionnaire des symboles, Chevalier et Gheerbrant, Éditions Robert Laffont et Jupiter, première édition 1969.

   Pour le dire simplement : nos actes nous suivent, ils entraînent des conséquences, bonnes ou mauvaises dont nous sommes responsables et que nous devons assumer. Tel ou tel événement nous paraît injuste, soit. Mais qu’avons-nous fait dans une autre vie pour en endurer aujourd’hui les effets ? Subir par exemple ce que nous avons fait subir à autrui ? Ou à nous-même d’ailleurs car nous avons un devoir envers nous, envers notre corps (le soigner et le respecter), notre esprit (l’enrichir) et notre âme (la purifier). Imaginons un être qui sombre dans l’alcoolisme. Ne fut-il pas coupable dans une vie antérieure d’avoir fait souffrir l’un de ses semblables au point que celui-ci ait noyé son chagrin dans la bouteille ? Imaginons que nous soyons pauvres. N’avons-nous pas profité injustement de l’argent d’autrui ? Inutile de multiplier les exemples. La logique est claire et rappelle cette loi de Newton en physique : « L'action est toujours égale à la réaction ; c'est-à-dire que les actions de deux corps l'un sur l'autre sont toujours égales et de sens contraires. » (Philosophiae Naturalis Principia Mathematica, 1687). L’univers est en équilibre, à nous de le respecter.

2/ Samsâra

   « Terme sanscrit (de Sam-S R : couler avec) indiquant le cycle des naissances et des morts, le flux du devenir phénoménal, que symbolise dans l’art hindou une roue à six, huit ou douze rayons autour du moyeu, chaque rayon représentant un aspect de la vie ou de la loi. C’est le flux tumultueux das lequel les ignorants s’ébattent avec satisfaction, le monde du tumulte, de la douleur et de l’angoisse Le moyeu figure le centre où doit revenir la conscience pour y découvrir la paix : c’est la voie de la sagesse. Faute de quoi, nul n’échappera à la roue des existences, dans une suite indéfinie de réincarnations. Les actes des vies antérieures plongent les vivants dans un courant d’existence sans commencement ni fin, jusqu’à la délivrance finale par le Nirvâna [esprit de pureté et conscience de l’absolu]. Les plaisirs issus du Samsâra, comme les connaissances des apparences et les constructions mentales, ne jouissent d’aucune existence propre [...] Parvenu à cette intériorité mystique, par quoi la conscience domine le tourbillon des apparences le Bouddha échappe à l’existence et à la non existence, ce n’est ni abandon, ni acquisition, toute dualité est abolie. »

Sources : ibidem.

   Il est évident que pour nous, Occidentaux et héritiers de la tradition judéo-chrétienne, cette vision du Nirvâna peut être contrariante. Mais le « Paradis » chrétien n’est-il pas la même chose ? Certes, il y a des différences dans la forme mais pas dans le fond. Le mystique chrétien aspire à l’union avec Dieu, se détache des biens terrestres et prie. En Inde, on médite. Le résultat reste fondamentalement le même : oublier sa propre existence et se jeter dans les bras aimants du Christ, fils de Dieu, à l’abri des tourments terrestres.    

   Hélas, nous ne sommes pas tous des mystiques, la vie quotidienne nous en empêche. Mais boire et manger, gagner de l’argent et le dépenser, travailler et se reposer relèvent des apparences, certes nécessaires puisque nous sommes incarnés. La vie est un purgatoire où nous devons « purger » notre âme, au fil de nombreuses existences. Dès lors, on comprend bien qu’une vie ne suffit pas. L’âme progresse ou stagne, avance ou recule mais il arrive un jour où sa présence indicible nous est révélée. C’est alors que commence la deuxième étape d’un long parcours où, vie après vie, nous la purifions ou la décapons pour atteindre enfin le stade ultime, celui où nous n’aurons plus à revenir sur terre. Toutefois, l’âme, « là-haut », a du travail d’un autre ordre. Mais ce n’est pas le lieu d’en parler dans cet article.

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