Quoi ? Comment ?
Dans cette fable (1668), La Fontaine, en bon classique du XVIIe, combat l'astrologie (interdite d'enseignement à la Sorbonne en 1666).
L'astrologue qui se laisse tomber dans un puits
Un Astrologue un jour se laissa choir
Au fond d'un puits. On lui dit : « Pauvre bête,
Tandis qu'à peine à tes pieds tu peux voir,
Penses-tu lire au-dessus de ta tête ? »
Cette aventure en soi, sans aller plus avant,
Peut servir de leçon
à la plupart des hommes.
Parmi ce que de gens
sur la terre nous sommes,
Il en est peu qui fort souvent
Ne se plaisent d'entendre
dire
Qu'au Livre du Destin
les mortels peuvent lire.
Mais ce Livre,
qu'Homère et les siens ont chanté[1],
Qu'est-ce, que le
hasard parmi l'Antiquité,
Et parmi nous la
Providence ?
Or du hasard il n'est
point de science :
S'il en était, on aurait tort
De l'appeler hasard,
ni fortune, ni sort,
Toutes choses très incertaines.
Quant aux volontés souveraines
De Celui qui fait
tout, et rien qu'avec dessein,
Qui les sait, que lui
seul ? Comment lire en son sein ?
Aurait-il imprimé sur
le front des étoiles
Ce que la nuit des
temps enferme dans ses voiles ?
À quelle utilité[2]
? Pour exercer l'esprit
De ceux qui de la
sphère et du globe ont écrit ?
Pour nous faire
éviter des maux inévitables ?
Nous rendre, dans les
biens[3],
de plaisir incapables ?
Et, causant du dégoût
pour ces biens prévenus,
Les convertir en maux
devant qu'ils soient venus ?
C'est erreur, ou
plutôt c'est crime de le croire[4].
Le firmament se meut[5]
; les astres font leur cours,
Le soleil nous luit tous les jours,
Tous les jours sa
clarté succède à l'ombre noire,
Sans que nous en
puissions autre chose inférer
Que la nécessité de
luire et d'éclairer,
D'amener les saisons,
de mûrir les semences,
De verser sur les
corps[6]
certaines influences.
Du reste, en quoi
répond au sort toujours divers
Ce train toujours
égal dont marche l'univers ?
Charlatans, faiseurs d'horoscope,
Quittez les Cours des Princes de l'Europe ;
Emmenez avec vous les souffleurs[7]
tout d'un temps.
Vous ne méritez pas
plus de foi que ces gens.
Je m'emporte un peu
trop : revenons à l'histoire
De ce Spéculateur qui
fut contraint de boire.
Outre la vanité de
son art mensonger,
C'est l'image de ceux
qui bâillent aux chimères,
Cependant qu'ils sont en danger,
Soit pour eux, soit pour leurs affaires.
(La Fontaine, Fables,
Livre II, Fable 14)
Sources de La Fontaine :
- Nevelet (Quatrain de
Babrius, « L’Observateur des étoiles et le Voyageur ») :
« Tout attentif aux étoiles, un observateur d’astres par mégarde tomba
dans un puits, mais un voyageur survenant dit à l’astrologue qui gémit :
« Comment, tu appliques si bien ton esprit là-haut et tu ne vois pas la
terre ! « Moralité : la plupart ignorent le présent et se
vantent de connaître l’avenir. »
- Ésope, L’Astronome
- Faërne, Fables,
« L’Astrologue ».
[1] Homère
et les poètes qu’il a inspirés ont fait une grande place au destin.
[2] Ici La
Fontaine entreprend de démontrer l’invraisemblance et l’absurdité de
l’hypothèse qu’il vient de formuler.
[3] Dans le
bonheur. Cicéron (Tusculanes) a
montré que, si par malheur les hommes pouvaient prévoir leurs infortunes à
venir, ils en perdraient la jouissance de leur bonheur présent.
[4] De
croire que Dieu ait voulu nous rendre incapables de bonheur et nécessairement
malheureux.
[5] Si l’on
admet l’explication du monde donnée avant Copernic par les Anciens, ou si l’on
s’en tient aux indications du sens commun.
[6] Chose
remarquable, tout en combattant l’astrologie judicaire, La Fontaine retient une
autre sorte d’astrologie qui suppose les organismes vivants sous l’influence
des astres...
[7]
Alchimistes (qui soufflent le feu de leurs fourneaux). Sous couleur de chercher
la pierre philosophale, certains se livraient à des opérations criminelles,
comme il s’en rencontrait dans les procès d’emprisonnement ou de sorcellerie
d’alors, celui par exemple de la Voisin. Le vœu de La Fontaine a été exaucé.
Sous l’influence de la terreur répandue par ces affaires retentissantes, l’édit
suivant fut publié en juillet 1682 : « Toutes personnes se mêlant de
deviner et se disant devins et devineresses videront incessamment le royaume.
Défense à toutes personnes autres que médecins, apothicaires et professeurs en
chimie de posséder un laboratoire et de se livrer à toute autre distillation
que celle de l’eau-de-vie et de l’esprit-de-vin. »
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| TN de Jean de Lafontaine |
La Fontaine est né le 8 juillet 1621
à 22 h 30’ à Château-Thierry,
AS 17°47' Poissons, Lune 14°32'
Poissons
Cette fable ironique où il se moque de
l’astrologie n'est qu'un exemple de son style .
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