Que voyaient les astrologues avant la découverte des planètes modernes ?
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| TN de Nerval avec toutes les planètes, hélas |
Nerval est né le 22 mai 1808 à 20h à Paris.
L'idée n'est pas d'attaquer
l'astrologie moderne, mais de montrer combien les sept astres traditionnels
suffisent déjà à rendre compte d'une personnalité aussi complexe.
Lorsqu'on étudie aujourd'hui le thème de Nerval, la tentation est grande d'invoquer immédiatement Neptune pour ses visions, Pluton pour ses descentes dans les profondeurs psychiques ou Uranus pour son originalité.
Pourtant, les astrologues qui
vécurent avant le XVIIIe siècle ne connaissaient aucune de ces planètes. Cela
ne les empêchait pas d'interpréter les poètes, les mystiques ou les esprits
tourmentés.
Essayons donc un exercice :
regarder Nerval avec les seuls yeux d'un astrologue de la Renaissance.
Le Soleil : la quête
d'identité
Quelle que soit la méthode
employée, Nerval apparaît comme un homme en quête de lui-même.
Ses œuvres sont peuplées de
doubles, de figures mythiques, de personnages qui changent de nom et de visage.
Le Soleil ne représente pas ici
une identité triomphante. Il semble plutôt engagé dans une recherche
permanente.
Le poète ne cesse de demander : « Qui suis-je réellement ? »
Question typiquement solaire.
La Lune : le royaume du rêve
Tout lecteur de Sylvie, d'Aurélia
ou des Chimères est frappé par l'importance des souvenirs, des images et
des rêves.
L'astrologie ancienne n'avait nul
besoin de Neptune pour parler de ces réalités.
Depuis toujours, la Lune gouverne
la mémoire, l'imagination, les impressions et les mondes intérieurs.
Chez Nerval, elle paraît occuper
une place essentielle. Le rêve n'est jamais un simple divertissement nocturne.
Il devient une voie d'accès à une réalité plus profonde.
Mercure : l'écrivain et le
traducteur
On oublie souvent que Nerval fut
aussi un remarquable traducteur.
Il fit découvrir au public
français le Faust de Goethe et participa activement à la circulation des
idées européennes.
Mercure, maître du langage et des
échanges intellectuels, trouve ici un vaste terrain d'expression.
La curiosité, le goût des
symboles et les multiples références érudites de son œuvre évoquent
immédiatement son influence.
Vénus : l'amour inaccessible
Toute l'œuvre de Nerval semble
hantée par une figure féminine idéale.
Cette femme est souvent absente,
perdue, lointaine ou transformée par le souvenir.
Dans Sylvie comme dans Aurélia,
l'amour devient moins une relation concrète qu'une quête spirituelle.
Une lecture traditionnelle y
verrait immédiatement une Vénus puissante mais difficile à satisfaire.
Mars : une énergie retournée
vers l'intérieur
Chez Nerval, l'action extérieure
paraît souvent moins importante que les combats intérieurs.
Mars ne se manifeste pas par des
conquêtes spectaculaires ou des affrontements visibles.
Son énergie semble dirigée vers
des défis psychiques, intellectuels et spirituels.
L'héroïsme nervalien est celui de
l'explorateur de l'âme.
Jupiter : la quête de sens
L'œuvre de Nerval témoigne d'une
immense curiosité pour les traditions religieuses, les croyances anciennes,
l'ésotérisme et les mythologies.
Cette recherche permanente d'un
sens caché correspond parfaitement au domaine de Jupiter.
Le poète veut comprendre l'ordre
du monde et découvrir les liens invisibles qui unissent les différentes
cultures.
Saturne : la clé de tout ?
Et si le véritable maître du
thème était Saturne ?
Les astrologues anciens auraient
probablement commencé par lui.
Saturne gouverne la solitude, la
mélancolie, l'étude, le retrait du monde, la contemplation et le temps.
Or peu d'écrivains incarnent
aussi fortement ces thèmes que Nerval.
Son célèbre vers :
semble presque résumer
l'imaginaire saturnien tout entier.
Pour un astrologue de la
Renaissance, la question aurait été simple.
Pourquoi chercher une planète
inconnue lorsque Saturne explique déjà la profondeur de la réflexion, les
périodes d'ombre, le goût des symboles et la quête intérieure du poète ?
Pendant des siècles, Saturne fut
le patron des philosophes, des savants et des mélancoliques. Marsile Ficin
lui-même associait la planète aux esprits contemplatifs et aux chercheurs de
vérité.
Nerval entre naturellement dans
cette famille.
Conclusion
Relire Nerval sans Uranus,
Neptune ni Pluton est un exercice salutaire.
Non parce que les planètes
modernes seraient inutiles, mais parce qu'il rappelle la richesse
extraordinaire de l'astrologie traditionnelle.
Avec seulement sept astres
visibles à l'œil nu, les anciens savaient déjà parler du génie, de l'amour, du
rêve, de la souffrance et de la quête spirituelle.
Et lorsqu'on referme les œuvres
de Nerval, une impression demeure : derrière les mythes, les visions et les
chimères, c'est souvent la silhouette austère de Saturne qui apparaît.
Comme si le vieux dieu du temps
avait discrètement accompagné le poète tout au long de son voyage entre les
étoiles et la mélancolie.
Remarque : on peut étudier chaque auteur avec uniquement le septénaire, n'est-ce pas ?
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