Plaidoyer d'une planète qui gouverne bien plus que les cœurs
« J'étais une déesse complexe. Pourquoi ne
parle-t-on plus que de séduction ? »

La naissance de Vénus (Botticelli)
« Sérieusement ? Après trois mille ans de carrière,
c'est tout ce que vous retenez de moi ? Une jolie robe, quelques roses et des
histoires d'amour ? »
La déesse Vénus semble contrariée. Et on peut la
comprendre. Car si son nom évoque aujourd'hui la séduction, la beauté ou les
romances de printemps, son domaine fut autrefois bien plus vaste.
Il est peut-être temps de lui rendre justice.
Une déesse bien plus ancienne que les
romans d'amour
Avant de devenir la Vénus des Romains, elle fut
l'Aphrodite des Grecs. Mais même cette filiation prestigieuse ne raconte qu'une
partie de l'histoire.
Car bien avant Homère, de grandes déesses du
Proche-Orient régnaient déjà sur des territoires symboliques immenses :
l'amour, certes, mais aussi la fécondité, la souveraineté, les cycles de la
nature, la prospérité et parfois même la guerre.
La planète que nous appelons Vénus brillait alors dans
le ciel comme l'étoile du matin ou l'étoile du soir. Sa beauté fascinait. Son
apparition régulière semblait annoncer des changements, des renaissances, des
passages d'un état à l'autre.
Autrement dit : bien avant d'être une icône
romantique, Vénus était une puissance cosmique.
La planète qui relie
En astrologie, Vénus ne gouverne pas seulement les
sentiments amoureux.
Elle représente notre manière d'entrer en relation. Ce
mot est essentiel : relation.
Relation à l'autre, au monde, à l'art, aux plaisirs, à
nos valeurs, à ce que nous estimons beau, juste ou désirable. Mars agit.
Jupiter développe. Saturne structure. Vénus relie. Elle cherche les affinités,
les accords, les harmonies possibles. Elle transforme deux réalités séparées en
un dialogue.
La séduction n'est finalement qu'une petite partie de
cette mission.
Le grand malentendu
À quel moment la déesse est-elle devenue une simple
patronne des histoires de cœur ?
Sans doute lorsque l'Occident a progressivement réduit
la féminité à la grâce, à l'apparence ou au charme.
Les peintres ont multiplié les Vénus alanguies sortant
des flots. Les poètes ont célébré ses sourires. Les publicitaires modernes ont
repris le flambeau.
Pendant ce temps, sa dimension philosophique passait
discrètement à l'arrière-plan.
Pourtant, une Vénus forte ne demande pas seulement : «
Qui aimez-vous ? » Elle demande aussi : « Qu'est-ce qui a de la valeur pour
vous ? »
La nuance est considérable.
Le goût des choses essentielles
Le signe du Taureau, gouverné par Vénus, nous rappelle
son lien profond avec la matière, les récoltes, les sens et les ressources.
Celui de la Balance souligne son goût pour
l'équilibre, la justice et la recherche d'accords.
Dans les deux cas, il n'est pas question de séduire à
tout prix.
Il s'agit plutôt d'apprendre à distinguer ce qui
nourrit la vie de ce qui la disperse.
- Une belle musique.
- Un jardin.
- Une œuvre d'art.
- Une amitié fidèle.
- Une table où l'on rit longtemps.
Voilà aussi le royaume de Vénus.
Et dans le ciel ?
La planète elle-même semble se moquer des apparences.
Sous ses voiles lumineux se cache un monde redoutable.
Des températures capables de faire fondre le plomb, une pression écrasante et
des nuages chargés d'acide.
La plus belle étoile du crépuscule dissimule un enfer.
Curieux symbole.
Comme si Vénus nous rappelait que la beauté véritable
n'est jamais superficielle. Qu'elle demande d'aller au-delà des reflets.
Le plaidoyer de Vénus
Imaginons maintenant la déesse prenant la parole
devant l'assemblée des planètes :
« Je veux bien continuer à patronner quelques
rencontres amoureuses. C'est agréable. Mais n'oubliez pas le reste. Je suis la
gardienne des alliances, de l'art, des plaisirs simples, des valeurs qui
donnent du sens à l'existence. Je ne suis pas la déesse de la séduction. Je
suis la déesse de ce qui mérite d'être aimé. »
Et, pour une fois, même Saturne ne trouverait rien à
redire.
Donc, quand Vénus brille au crépuscule, elle ne nous parle peut-être pas seulement d'amour. Elle nous invite à une question plus profonde : parmi toutes les choses qui traversent notre vie, lesquelles ont réellement de la valeur ?
Une interrogation très ancienne. Et étonnamment
moderne.
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