Accéder au contenu principal

Les ères astrologiques

 Un grand récit du temps

Ere du Bélier en Grèce



L'idée des ères astrologiques repose sur un phénomène astronomique réel : la précession des équinoxes. Découverte dans l'Antiquité par Hipparque, elle correspond au lent déplacement du point vernal parmi les constellations du zodiaque. Un cycle complet dure environ 26 000 ans, ce qui conduit les astrologues à diviser ce vaste cycle en douze ères d'environ 2 100 à 2 200 ans chacune.

Il faut toutefois rappeler que les dates exactes sont très discutées : les constellations n'ont pas toutes la même étendue et il n'existe aucun consensus astrologique universel sur le début ou la fin d'une ère.

L'ère du Lion - Vers 11 000 à 8 800 av. J.-C. (dates approximatives)

L'ère du Lion est souvent associée à l'émergence du symbolisme solaire et à la fascination pour les grands félins. Certains auteurs ésotériques aiment rapprocher de cette époque les statues léonines préhistoriques ou certains cultes animaux. Pour beaucoup d'astrologues modernes, elle symbolise la naissance de la conscience individuelle et du rayonnement créateur. 

Limites : 

On ne dispose d'aucune preuve permettant d'associer le Paléolithique final ou le Mésolithique à une « ère du Lion ». Le célèbre Homme-lion de Hohlenstein-Stadel (Allemagne), daté d'environ 40 000 ans avant notre époque, est bien antérieur aux dates habituellement proposées pour cette ère.

Ecrivons prudemment :

Les astrologues modernes associent symboliquement cette période au Lion, signe du rayonnement, de la puissance et de l'expression créatrice. Toutefois, aucun élément historique ne permet de relier directement les sociétés préhistoriques à un cycle astrologique déterminé.

L'ère du Cancer -  Vers 8 800 à 6 600 av. J.-C.

Elle correspondrait approximativement à la période où les populations humaines deviennent plus sédentaires. Le Cancer étant traditionnellement lié au foyer, à la famille et à la protection, plusieurs auteurs voient dans cette ère l'établissement des premiers grands villages et l'enracinement des communautés humaines.

Limites :

Le lien avec la sédentarisation est séduisant mais historiquement imprécis. L'agriculture apparaît progressivement selon les régions dès le Proche-Orient vers le Xe millénaire avant notre ère. Ce phénomène s'étend sur plusieurs millénaires et ne correspond pas à une date astrologique précise.

Ecrivons plutôt :

Certains astrologues ont rapproché cette ère des débuts de la sédentarisation et de la vie communautaire, mais ce rapprochement demeure symbolique et ne repose sur aucune relation démontrée entre l'évolution historique et les cycles des ères astrologiques.

L'ère des Gémeaux - Vers 6 600 à 4 400 av. J.-C.

Les Gémeaux symbolisent les échanges, les déplacements et la communication. Cette période correspond à l'expansion des réseaux commerciaux préhistoriques, à la circulation des techniques et à l'intensification des contacts entre peuples. Les figures du double, des jumeaux divins et des dieux messagers apparaissent dans plusieurs traditions.

Limites :

Ici encore, la correspondance est davantage poétique qu'historique. Les réseaux d'échanges existent bien au Néolithique, mais ils ne commencent pas brusquement avec une prétendue entrée dans les Gémeaux.

Ecrivons donc :

Des auteurs contemporains ont vu dans l'expansion des échanges préhistoriques un symbole des qualités traditionnellement attribuées aux Gémeaux : circulation, communication et mobilité.

L'ère du Taureau- Vers 4 400 à 2 200 av. J.-C.

C'est l'une des ères les plus célèbres.

Le Taureau y occupe une place centrale dans de nombreuses civilisations : Égypte, Crète minoenne, Mésopotamie, Anatolie.  Le culte du taureau, animal de force, de fertilité et de prospérité agricole, semble effectivement caractéristique de cette époque. Les fresques de Cnossos, le taureau Apis égyptien ou encore l'épopée de Gilgamesh en gardent le souvenir. C'est probablement la correspondance la plus souvent citée.

Limites :

Le culte du taureau est effectivement très important en Égypte, en Crète et en Mésopotamie. Cependant, ces civilisations sont séparées par de longues périodes et des contextes très différents. Il faut éviter de suggérer qu'elles participent d'un même programme cosmique.

Écrivons plutôt :

Les tenants de la théorie des ères soulignent souvent l'importance du symbolisme du taureau dans plusieurs grandes civilisations de l'Antiquité ancienne. Les historiens y voient toutefois des phénomènes culturels distincts plutôt que l'expression d'une même influence astrologique.

L'ère du Bélier - Vers 2 200 av. J.-C. à l'an 1 environ

Le Bélier est associé à l'élan, à la conquête et à l'affirmation.  Les astrologues ont souvent rapproché cette ère des grands royaumes guerriers et des empires de l'Antiquité tardive. Dans la tradition biblique, certains auteurs voient un symbole du passage du Taureau au Bélier dans l'importance croissante du bélier comme animal sacrificiel. Moïse, selon cette lecture symbolique, aurait rompu avec le culte du Veau d'or, relique de l'ère précédente. 

Limites ; 

L'association entre le Bélier, le judaïsme antique et l'épisode du Veau d'or est une interprétation ésotérique du XIXe siècle, pas un fait historique. Il n'existe aucune source antique établissant un lien entre l'histoire de Moïse et un changement d'ère astrologique.

Reformulons :

Plusieurs auteurs ésotériques ont interprété le récit biblique du Veau d'or comme le symbole du passage de l'ère du Taureau à celle du Bélier. Cette lecture est moderne et ne correspond pas à l'intention des textes bibliques connus.

L'ère des Poissons - Environ du début de notre ère jusqu'à nos jours

C'est l'ère traditionnellement associée au christianisme. Le poisson devient très tôt un symbole des premières communautés chrétiennes. Les astrologues décrivent les Poissons comme le signe de la foi, du sacrifice, de la compassion, de la rédemption et des aspirations spirituelles universelles. Selon cette interprétation, les deux derniers millénaires auraient été marqués par les grandes religions de salut, les idéaux humanitaires, mais aussi par les tensions entre croyance et raison. 

Limites

C'est la correspondance la plus répandue mais elle reste spéculative. Le symbole du poisson occupe effectivement une place importante dans le christianisme primitif. En revanche, il est impossible d'établir historiquement que la naissance du christianisme résulte d'un changement d'ère astrologique.

Ecrivons plutôt:

La proximité chronologique entre le début supposé de l'ère des Poissons et l'essor du christianisme explique le succès de cette interprétation dans l'astrologie moderne.

L'ère du Verseau - Une ère annoncée mais dont le début reste débattu

Contrairement à une idée répandue, il n'existe aucune date officielle pour l'entrée dans l'ère du Verseau. Selon les auteurs, celle-ci aurait déjà commencé ou ne commencerait que dans plusieurs siècles.

Le Verseau est généralement associé :

  • aux sciences ;
  • aux technologies ;
  • aux réseaux ;
  • à la liberté individuelle ;
  • aux réformes sociales ;
  • à une vision plus collective de l'humanité.

C'est surtout au XXe siècle, notamment avec le mouvement New Age et la célèbre chanson Aquarius de la comédie musicale Hair, que l'expression « Ère du Verseau » est devenue populaire.

Il faut insister davantage sur un point essentiel : Aucun consensus n'existe sur la date d'entrée dans l'ère du Verseau. Selon les calculs adoptés, elle pourrait avoir commencé récemment, être en cours d'installation ou ne débuter que dans plusieurs siècles. C'est un point que beaucoup d'articles populaires omettent.

Une lecture symbolique plutôt qu'historique

L'historien doit rester prudent. Les ères astrologiques ne constituent pas un outil reconnu par la recherche historique pour expliquer l'évolution des sociétés. En revanche, elles forment un fascinant récit symbolique du temps long. Depuis plus d'un siècle, astrologues, ésotéristes et auteurs de mythologie y lisent une succession de grands climats spirituels : le Taureau des civilisations agraires, le Bélier des conquêtes, les Poissons de la foi, le Verseau de l'innovation.

Qu'on y voie une réalité cosmique ou une vaste métaphore culturelle, les ères astrologiques demeurent l'une des tentatives les plus ambitieuses pour relier le mouvement des étoiles à l'histoire des hommes.

Si les signes décrivent un destin individuel, les ères astrologiques prétendent raconter le destin des civilisations. Elles sont moins une horloge qu'une grande fresque où les siècles deviennent des constellations et les peuples les personnages d'un récit écrit dans le lent mouvement du ciel.

Conclusion historique

L'approche la plus rigoureuse consiste à présenter les ères astrologiques comme une lecture symbolique de l'histoire élaborée principalement à l'époque moderne, plutôt que comme une théorie héritée de l'Antiquité. Les anciens connaissaient la précession des équinoxes depuis Hipparque, mais l'idée d'attribuer systématiquement à chaque période historique un signe zodiacal dominant s'est surtout développée dans l'ésotérisme des XVIIIe, XIXe et XXe siècles.

Les ères astrologiques ne constituent pas une chronologie historique au sens scientifique du terme. Elles proposent plutôt une mythologie du temps long, où les grandes transformations de l'humanité sont relues à travers le langage symbolique du zodiaque.

* * *