Le Destin - Les Dons des fées (Baudelaire, Le Spleen de Paris)
Baudelaire ne porte pas toujours le drapeau noir de la mélancolie. Lisons ce texte.
Toutes ces antiques et capricieuses
Sœurs du Destin, toutes ces Mères bizarres de la joie et de la douleur, étaient
fort diverses : les unes avaient l'air sombre et rechigné, les autres, un
air folâtre et malin ; les unes, jeunes, qui avaient toujours été
jeunes ; les autres, vieilles, qui avaient toujours été vieilles.
Tous les pères qui ont foi dans les
Fées étaient venus, chacun apportant son nouveau-né dans ses bras.
Les Dons, les Facultés, les bons
Hasards, les Circonstances invincibles, étaient accumulés à côté du tribunal,
comme les prix sur l'estrade, dans une distribution de prix. Ce qu'il y avait
ici de particulier, c'est que les Dons n'étaient pas la récompense d'un effort,
mais tout au contraire une grâce accordée à celui qui n'avait pas encore vécu,
une grâce pouvant déterminer sa destinée et devenir aussi bien la source de son
malheur que de son bonheur.
Les pauvres Fées étaient très
affairées ; car la foule des solliciteurs était grande, et le monde
intermédiaire, placé entre l'homme et Dieu, est soumis comme nous à la terrible
loi du Temps et de son infinie postérité, les Jours, les Heures, les Minutes,
les Secondes.
En vérité, elles étaient aussi
ahuries que des ministres un jour d'audience, ou des employés du Mont-de-Piété
quand une fête nationale autorise les dégagements gratuits. Je crois même
qu'elles regardaient de temps à autre l'aiguille de l'horloge avec autant
d’impatience que des juges humains qui, siégeant depuis le matin, ne peuvent
s'empêcher de rêver au dîner, à la famille et à leurs chères pantoufles. Si,
dans la justice surnaturelle, il y a un peu de précipitation et de hasard, ne
nous étonnons pas qu'il en soit de même quelquefois dans la justice humaine.
Nous serions nous-mêmes, en ce cas, des juges injustes.
Aussi furent commises ce jour-là
quelques bourdes qu'on pourrait considérer comme bizarres, si la prudence,
plutôt que le caprice, était le caractère distinctif, éternel des Fées.
Ainsi la puissance d'attirer
magnétiquement la fortune fut adjugée à l'héritier unique d'une famille très
riche, qui, n'étant doué d'aucun sens de charité, non plus que d'aucune
convoitise pour les biens les plus visibles de la vie, devait se trouver plus
tard prodigieusement embarrassé de ses millions.
Ainsi furent donnés l'amour du Beau
et la Puissance poétique au fils d'un sombre gueux, carrier de son état, qui ne
pouvait, en aucune façon, aider les facultés, ni soulager les besoins de sa
déplorable progéniture.
J'ai oublié de vous dire que la
distribution, en ces cas solennels, est sans appel, et qu’aucun don ne peut
être refusé.
Toutes les Fées se levaient, croyant
leur corvée accomplie ; car il ne restait plus aucun cadeau, aucune
largesse à jeter à tout ce fretin humain, quand un brave homme, un pauvre petit
commerçant, je crois, se leva, et empoignant par sa robe de vapeurs
multicolores la Fée qui était le plus à sa portée, s'écria :
« Eh ! Madame ! Vous
nous oubliez ! Il y a encore mon petit ! Je ne veux pas être venu
pour rien. »
La Fée pouvait être
embarrassée ; car il ne restait plus rien. Cependant elle se
souvint à temps d'une loi bien connue, quoique rarement appliquée, dans le
monde surnaturel, habité par ces déités impalpables, amies de l'homme, et
souvent contraintes de s'adapter à ses passions, telles que les Fées, les
Gnomes, les Salamandres, les Sylphides, les Sylphes, les Nixes, les Ondins et
les Ondines, - je veux parler de la loi qui concède aux Fées, dans un cas
semblable à celui-ci, c'est-à-dire le cas d'épuisement des lots, la faculté
d'en donner encore un, supplémentaire et exceptionnel, pourvu toutefois qu'elle
ait l'imagination suffisante pour le créer immédiatement.
Donc la bonne Fée répondit, avec un
aplomb digne de son rang : « Je donne à ton fils... je lui donne...
le Don de plaire ! »
« Mais plaire comment ?
Plaire...? Plaire pourquoi ? » demanda opiniâtrement le petit
boutiquier, qui était sans doute un de ces raisonneurs si communs, incapable de
s'élever jusqu'à la logique de l'Absurde.
« Parce que ! Parce
que ! » répliqua la Fée courroucée, en lui tournant le dos ; et
rejoignant le cortège de ses compagnes, elle leur disait : « Comment
trouvez-vous ce petit Français vaniteux, qui veut tout comprendre, et qui ayant
obtenu pour son fils le meilleur des lots, ose encore interroger et discuter
l'indiscutable ? »
Quelques réflexions sur Les Bienfaits de la Lune (« Le Spleen de Paris »)
Baudelaire ne
s’intéressait pas à l’astrologie mais dans ce poème en prose, quelques
allusions (en gras) évoquent la symbolique lunaire.
« La Lune,
qui est le caprice même, regarda par la fenêtre pendant que tu dormais
dans ton berceau, et se dit : Cette enfant me plaît. »
Et elle
descendit moelleusement son escalier de nuages et passa sans bruit à travers
les vitres. Puis elle s’étendit sur toi avec la tendresse souple d’une mère
et elle déposa ses couleurs sur ta face. Tes prunelles en sont restées vertes
(1) et tes joues extraordinairement pâles. C’est en contemplant cette visiteuse
que tes yeux se sont si bizarrement agrandis ; et elle t’a si tendrement
serrée à la gorge (2) que tu en as gardé pour toujours l’envie de
pleurer.
Cependant, dans
l’expansion de sa joie, la Lune remplissait toute la chambre, comme une
atmosphère phosphorique, comme un poison lumineux ; et toute cette lumière
vivante pensait et disait : « Tu subiras éternellement l’influence de
mon baiser. Tu seras belle à ma manière. Tu aimeras ce que j’aime et ce qui
m’aime : l’eau, les nuages, le silence et la nuit ; la mer
immense et verte ; l’eau informe et multiforme [...] Et
c’est pour cela, maudite chère enfant gâtée, que je suis maintenant couchée à
tes pieds, cherchant dans toute ta personne le reflet de la redoutable
Divinité, de la fatidique marraine, de la nourrice empoisonneuse de tous les lunatiques. »
Lune en XI
Cancer (en domicile) trigone conjonction Pluton/Mercure en VII Poissons mais
carré Soleil en VIII Bélier. Le Nœud Sud est conjoint à l’Ascendant en I Vierge
(il semblerait que Baudelaire redouble sa classe dans les mêmes conditions que
des vies antérieures) et le Nœud Nord en VII Poissons, avec son Maître Neptune
R conjoint Uranus R en IV Capricorne carré Mars et Vénus en Bélier. La Lune
Noire en I accentue une fatalité lisible dans le thème. Certes, il faut
apprendre (réapprendre) les valeurs du couple mais Neptune conjoint Uranus ne
peut accomplir sereinement son travail de compassion.
L’amas
planétaire en VII et VIII souligne la nécessité d’aller vers les autres à
travers maintes crises et difficultés.
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| TN de Baudelaire |
(1) La Lune maîtrise le Cancer, signe
d’Eau.
(2) La Lune symbolise dans le corps
humain la gorge et le cou.
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